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La menace omniprésente de Boko Haram jette de l'ombre au Niger

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PHOTO Boko Haram: AFP

Sept ans après les premières attaques de Boko Haram dans le sud-est du Niger, les habitants de la ville de Diffa n’osent même pas prononcer le nom du groupe.

Les habitants vivent en état de siège, effrayés et aux prises avec l'impact économique de la menace islamiste.

Par crainte de représailles, on parle d '«insécurité», de «problèmes» ou de «situation actuelle».

La peur est bien fondée, selon une source de sécurité qui affirme que les sympathisants de Boko Haram dans la ville transmettent des informations au groupe.

Parmi les pays les plus pauvres du monde, le Niger, qui organise dimanche des élections présidentielles, fait face à des groupes djihadistes du Sahel à l'ouest et de Boko Haram à l'est.

«Je n'ai pas 1 000 francs CFA (1,5 euro) dans ma poche. Je suis au chômage depuis quatre ans », déclare Abdou Maman, 46 ans, qui a deux femmes et huit enfants à charge.

«Je gère du mieux que je peux. Parfois, je fais des affaires d'une valeur de 3 000 ou 5 000 francs CFA. Parfois, je ne fais rien et quand tu ne fais rien, tu ne manges pas », ajoute-t-il.

Au cours des quatre dernières années, la situation dans la région est allée de mal en pis.

Les habitants de Diffa vivent sous couvre-feu, avec une présence militaire permanente, dans la peur des attentats – il y en a eu quatre en mai – ou des attentats-suicides, comme en 2018.

Plus tôt en décembre, une attaque sur Timour, à environ 50 kilomètres (30 miles) de Diffa, a fait 34 morts.

La région compte 300 000 réfugiés nigérians et déplacés internes du Niger.

Aujourd'hui, personne n'est vraiment en mesure de donner une estimation de la population de la ville. En 2011, elle comptait 50 000 habitants, un nombre qui aurait pu plus que doubler ces dernières années.

«Le manque de sécurité a de nombreuses conséquences. Cela entraîne des pertes d'emplois, un coût de la vie élevé… », ajoute Abdou Maman.

«Pêche, agriculture, commerce. Tout cela ne va pas bien (à cause des groupes islamistes qui extorquent et tuent les personnes impliquées à Diffa et dans la région du lac Tchad). »

Le petit commerce avec le Nigéria ne fonctionne plus non plus en raison de la fermeture de la frontière.

«Nous avons très peur»

«Avec le couvre-feu, les petits marchands ambulants doivent s'arrêter à 22h00. Les familles vivent dans des hangars, les déplacés mais aussi certaines personnes qui ont perdu leur emploi », ajoute-t-il, accusant les dirigeants de« mauvaise gouvernance ».

«En raison de ce manque de sécurité, il est très difficile d'obtenir de l'argent. Avant, quand il y avait la paix, les choses fonctionnaient très bien », raconte une femme qui a donné son nom de Zenabou, dont le mari, ouvrier agricole, est aveugle et ne peut plus travailler.

Elle a six enfants à garder et parcourt jusqu'à 20 kilomètres de chez elle chaque jour pour vendre des condiments sur une natte posée sur le sol.

«Nous avons du mal à rembourser le crédit. Nous mangeons avec ce que nous gagnons, parfois cela fonctionne, parfois non », dit-elle.

«Avant, c'était cher, mais maintenant, le prix de tout a augmenté à cause du manque de sécurité», dit-elle.

«Mais surtout, nous avons très peur. Souvent, nous entendons des coups de feu. Cela vient de tous les côtés. Nous devons rester à la maison.

Certains, cependant, parviennent à trouver un moyen de survivre, comme les petits commerçants de la ville ou les innombrables taxis-tricycles jaunes et noirs qui se frayent un chemin entre les charrettes et les ânes dans les rues.

«Il y a plus de monde dans la ville, donc plus de clients», explique Abdalla Maman, chauffeur de taxi-tricyle.

Il déplore néanmoins le coût de l’essence de contrebande qui arrive illégalement du Nigéria à Diffa où la majorité des transactions se font en naira, la monnaie du Nigéria, et non en francs CFA, la monnaie locale au Niger.

«Avant, l'essence arrivait dans d'énormes camions-citernes. Maintenant que la frontière est fermée, ce sont les petits transporteurs qui la transportent dans des bidons, en contournant le poste frontière.

L'essence est montée entre 450 et 650 francs en quatre ans, a-t-il déclaré. Mais «les affaires vont bien».

Les autorités, quant à elles, estiment gagner «la guerre» contre Boko Haram et l'ancien ministre Mohamed Bazoum, favori des élections présidentielles, a même promis que les réfugiés et les déplacés internes seraient renvoyés chez eux avant la fin de 2021.

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